Du marbre dans la salle de bain, bonne ou mauvaise idée ?

Quand on évoque cette matière, de somptueux palais et sculptures Renaissance italienne nous viennent à l’esprit, comme des cathédrales monumentales, la Grande Mosquée de Cordoue ou encore le Taj Mahal en Inde. Aux quatre coins de la planète, quels que soient le siècle ou la civilisation, cette pierre métamorphique dérivée du calcaire a toujours évoqué la magnificence des puissants. On extrait le marbre dans de nombreux pays, y compris en France, où il existe plusieurs carrières connues depuis l’Antiquité. Blanc, noir, rouge, jaune, brun, vert… Au fil de toutes ses déclinaisons, couleurs et veinures, le marbre est et restera un signe de richesse, en particulier dans la salle de bains, la pièce intime dédiée à notre bien-être. Est-ce un luxe raisonnable ? Autant que l’oxymore contenue dans cette expression ! Le marbrier Alfredo Peixeiro a bien voulu soulever pour nous un pan du voile de son métier peu connu qu’il a appris au côté de son père, et nous laisser imaginer, le temps de cet article au moins, que le rêve n’est peut-être pas si inaccessible…

Un rêve à caresser
En total look ou en petite touche. Certaines salles de bains sont recouvertes de pierre en intégralité, meubles et sanitaires compris, d’autres distillent le marbre avec plus de discrétion, sur un simple pan de mur, une vasque ou un plan de toilette. C’est une question de moyens, de faisabilité aussi. Mais même par petites touches, le marbre peut faire un maximum d’effet.

« Il faut compter 150 à 300 euros au mètre carré pour du marbre standard et de 600 à 1 200 euros pour du marbre appareilléLe prix dépend souvent de l’étage où se trouve le logement et de la configuration des lieux. » Alfredo Peixeiro se souvient d’un chantier avenue Montaigne où il a fallu retirer les fenêtres du logement et louer une grue de 12 mètres pour faire passer les plaques de marbre. Et d’un autre, en Arabie Saoudite, où il a été nécessaire d’ôter le plafond d’un palais pour faire passer une baignoire en marbre. Bien entendu, là, comme le marbre, les prix s’envolent…

Mais à partir de 2 000 euros pour un plan de toilette avec double vasque et 2 500 pour une vasque comme celle-ci, le rêve n’est finalement pas si loin de la réalité. C’est sans doute encore onéreux, mais c’est le prix d’un savoir-faire d’exception ! Il faut se représenter le travail de sculpture artisanale à partir d’un bloc, le polissage de chaque face de la vasque et le perçage pour l’évacuation « extrêmement délicat ». À chaque longue étape, le marbre peut céder malgré l’expertise de l’artisan et le travail être entièrement à recommencer…

Un matériau facile à vivre ?
Le marbre est totalement approprié à n’importe quel endroit de la salle de bains mais il est délicat, comme toutes les matières nobles. Il craint particulièrement les taches de parfum, le calcaire présent dans l’eau et il a tendance à se dépolir au contact répété des gels douche notamment. Pour cette raison, il faut faire revenir tous les trois ou quatre ans le marbrier qui « recristallise » la surface du marbre, c’est-à-dire la nettoie, lui remet un apprêt hydrofuge brillant ou le ponce en surface s’il a été abîmé. « C’est comme une paire de chaussures en cuir. Le marbre perd son imperméabilité au fil du temps et il faut l’entretenir obligatoirement. » Attention aux chocs avec des objets lourds qui peuvent le briser irrémédiablement.

Le marbre installé dans une salle de bains est en général poli (donc brillant) et hydrofugé car c’est un matériau poreux à la base. Il n’est pas particulièrement glissant lorsqu’il est posé au sol mais il est déjà arrivé à Alfredo Peixeiro de devoir « adoucir » le marbre, c’est-à-dire de le rendre mat en surface pour des clients âgés qui craignaient les chutes. 

Quelle pose pour les dalles de marbre ? 
La mosaïque de marbre de 2 x 2 cm et les dalles standard de 30 x 30 ou 40 x 40, qui ont 1 cm d’épaisseur, sont collées au mur. Au-delà, les dalles de 60 x 60 en 2 cm d’épaisseur  qui ont un poids d’environ 3 kg chacune , et a fortiori les plus grandes, sont agrafées, comme les grandes dalles que l’on voit sur les façades d’immeubles des Champs-Élysées. 

Il existe des poses particulières qui font ressortir particulièrement la beauté de la matière comme celle à livre ouvert, une pose où les veines du marbre ressortent en symétrie. En principe, on pose les carreaux de marbre en plaçant les veines à 90°, mais si la pose est faite avec des veines suivies, on parle de « marbre appareillé ». Le carrelage de marbre peut être appliqué en pose droite, diagonale ou avec des cabochons. 

Le travail du marbrier
Lorsque l’on fait le choix d’un matériau aussi fragile que le marbre, il est important de faire appel à un professionnel qualifié. « Le marbre éclate facilement quand on le pose sur chant, d’autant que les plaques sont très lourdes », explique Alfredo Peixeiro. Les marbriers sont toujours au moins deux pour manipuler les dalles ou les pièces pesantes et fragiles, d’où une pose plus chère que pour un autre matériau. Le prix des outils spécifiques, disques en diamant pour couper et polir le marbre, se répercutent aussi sur la facture finale. 

Un marbrier possède un véritable savoir-faire : les plaques, et même chaque petit carreau si l’on opte pour de la mosaïque de marbre, doivent être polies pièce par pièce, même sur les chants, ce que ne font pas les carreleurs et maçons qui n’ont pas les outils appropriés. Par ailleurs, le marbre se pose au « ciment blanc », un mélange spécial contenant de la chaux et du sable. Il faut bannir le ciment traditionnel gris qui tache la pierre. 

Crédit photo : Agence.48
Article : Houzz